Premi svizzeri d’arte e di design
Basilea, 15.06.2026 — Discorso della consigliera federale Elisabeth Baume-Schneider in occasione della consegna dei Premi svizzeri d’arte e di design a Basilea. Fa stato la versione orale (in tedesco e francese).
Dès aujourd’hui et jusqu’à la fin de cette semaine, des milliers de personnes franchiront les portes de cette halle pour découvrir des œuvres, rencontrer des artistes, flâner, s’arrêter, s’interroger, être surpris, émerveillés, et peut-être parfois bouleversés, que ce soit de manière enveloppante ou provocante.
Le public est hétérogène: des connaisseurs avertis ou des personnes qui pour la première fois viennent à ArtBasel, d’ici et d’ailleurs, déambuleront dans ces travées pour découvrir des œuvres d’art, échanger leurs impressions et partager des moments suspendus ou au contraire ressentir de manière personnelle, intime, des émotions plus ou moins intenses.
Chères et chers artistes, c’est là précisément que réside votre art de la subversion: celui de tenir entre vos mains cette remarquable et indispensable capacité à susciter, voire à provoquer le dialogue et à créer du lien. Venir ici n’est pas une manière d’échapper à la réalité ni de se soustraire au quotidien. Nous ne sommes pas dans une bulle ou des bulles détachées du monde! Bien au contraire. Aller à la rencontre de vos travaux est un choix délibéré. Celui d’accorder à la créativité et à la liberté l’espace nécessaire. Un espace qui fait cruellement défaut dans le rythme effréné de nos vies.
L’art comme espace de libre réflexion
Que sommes-nous en droit d’attendre de l’art et des artistes? L’art est un rempart contre l’autoritarisme. Il a aussi le pouvoir de réconcilier. L’art nous invite à regarder. A voir ces contours, ces nuances, ces angles morts que notre regard de tous les jours n’arrive pas à saisir, alors même que ces nuances, ces angles morts tissent la complexité et la saveur de la vie. L’art invite à réfléchir sans besoin de performance, ni même d’optimisation, sans à priori, et surtout, sans résultat imposé.
D’aucuns laissent entrevoir que l’art serait un espace à la marge de notre société, un divertissement, un caprice, voire un luxe. L’art est au cœur de la société, au cœur de nos vies, de nos désirs. Il s’ouvre à la contradiction, à l’ambivalence, à l'altérité, à l'inconfort de la remise en question.
A une époque où nous sommes toutes et tous submergés par des contenus générés par des algorithmes, un tel espace de créativité semble presque révolutionnaire. Or, ne nous trompons pas: l'intelligence artificielle peut imiter, combiner, recycler ou optimiser. Mais l’exigence de la libre pensée demeure farouchement humaine. Comme l’a écrit Edgar Morin, le philosophe français décédé il y a quelques jours: «On l'oublie trop souvent, la pensée est un art, c'est-à-dire un jeu de précision et d'imprécision, de flou et de rigueur.»
L’IA ne connaît pas le doute, l’IA ne connaît pas les contradictions qui façonnent une existence et lui donnent toute son importance et ses reliefs. En un mot l’IA n’a pas de conscience. Quand l’IA répète, combine, explore et réassemble à l’infini, les artistes, eux livrent leurs valeurs, libèrent leurs critiques et espérances. Ils ouvrent des possibles. Dès lors, le soutien public à l’art n’est ni un luxe nostalgique ni une posture défensive face au changement. Dans le tumulte actuel, soutenir l’art et les artistes est une nécessité.
Die Eidgenossenschaft unterstützt Kunstwerke, aber nicht nur. Sie schenkt auch Vertrauen. Das Bundesamt für Kultur schenkt dieses Vertrauen der Eidgenössischen Kunstkommission, seit 140 Jahren ein Miliz-Gremium. Das ist keine Formalität. Das ist ein politischer Akt. Zum ersten Mal in ihrer Geschichte wird die Eidgenössische Kunstkommission von zwei aktiven Kunstschaffenden geleitet: von Mai-Thu Perret und Tobias Kaspar, die seit Januar gemeinsam den Vorsitz innehaben.
Die Kunstkommission spricht nicht anstelle der Kunstschaffenden. Sie gibt ihnen eine Stimme – und sie hört zu. Dieses Zuhören hat konkrete Folgen. Die Jury der Schweizer Kunstpreise hat dieses Jahr eine engere Auswahl getroffen. Der Fokus liegt stärker auf Konzentration statt auf Akkumulation – damit jede ausgewählte Künstlerin, jeder ausgewählte Künstler mehr Aufmerksamkeit, mehr Zeit und mehr Sichtbarkeit erhält.
Mut zu Risiken
Heute Abend feiern wir Menschen mit ihren singulären Gedanken, ihren mutigen Entscheidungen, ihren Lebenswegen, ihrer Schaffenskraft. Wir ehren heute mit dem Prix Meret Oppenheim: Tilla Theus, Fabrice Gygi und Hilar Stadler. Drei ganz verschiedene Persönlichkeiten, die jedoch etwas eint: Ihre Unbeirrbarkeit, ihre Originalität, ihr Mut zu Risiken.
Die Graubündnerin Tilla Theus hat sich in einem Umfeld behauptet, welches Frauen lange wenig Platz liess. Ihre Architektur verbindet urbane Würfe mit lokalen Wurzeln. Auch sie zeichnet sich durch eine beeindruckende Eigenständigkeit aus.
Le Genevois Fabrice Gygi étudie depuis des décennies les thématiques du pouvoir, du contrôle et de l'ordre social. Et ce, sans faire aucune concession au marché, sans céder à la moindre pression ou tentation de répondre aux attentes de celui-ci. Son absence ce jour est possiblement et obstinément en écho avec cette posture radicale, radicalement libre, pour un «pro de la fuite» comme il se décrit lui-même.
Der Luzerner Hilar Stadler hat mit dem Museum im Bellpark in Kriens gezeigt, dass kulturelle Relevanz nicht nur in Zürich oder Basel entsteht. Er hat das zeitgenössische Verständnis des Heimatmuseums mitgeprägt: Nicht als Ort der Selbstvergewisserung, sondern als Ort der Selbsterkenntnis.
Ich gratuliere zudem allen Preisträgerinnen und Preisträgern der Swiss Art Awards 2026 sowie des Kiefer Hablitzel | Göhner Kunstpreises. Meret Oppenheim sagte einmal: «Die Freiheit wird einem nicht gegeben – man muss sie sich nehmen.» Und das gilt heute erst recht. Nicht zuletzt für die künstlerische Freiheit.